Jeudi 3 novembre 2005
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Extrait
..."C'est pour moi, bien plus que de l'intimité. Je ressens lorsque je peins, un mélange de sentiments. A la fois, un équilibre et une sérénité, qui me donne l'impression d'être à ma place, et
d'être "juste" avec moi même. Une forme de bienveillance salvatrice.
Mais également une forme d'exaltation. Parfois le reste du monde cesse d'exister, et mon corps se rapproche dangereusement de la toile. Comme pour une étreinte amoureuse désespérée.
Il y a une forme d'excitation presque sexuelle. Une exaltation des sens, rigoureuse et exigeante. Chaque toile ressemble à un accouchement... un mélange de réflexion et d'instinct sensuel.
Lorsque je peins, je sens mon énergie féminine se développer. Une connexion rare avec la terre, le ciel... toutes énergies reliées à mon ventre. Mon plexus. Mon vagin. Mes mains sont alors l'outil
de mes tripes. C'est lorsque je perds cette notion orgasmique que le plaisir disparait, transformant l'acte créatif en labeur poussif... ce qui arrive toujours à un moment donné. Comme un océan,
les vagues viennent et repartent... En moi, monte une énergie qui déborde et qui fini par me porter le cœur haut... là... dans la gorge. Qui m'épuise sans qu'elle ne soit jamais assouvie... ou
rarement. Lorsque je troque mon pinceau contre un couteau, et qu'alors j'attaque les volumes, que je gratte avec parfois l'énergie du désespoir, que je sens le couteau se plier, que j'entends la
toiler crisser... alors je me sens bien. Je fais corps avec la peinture. Et je sens mon flux sanguin palpiter, mon corps onduler comme pour une ultime étreinte. Je cesse d'exister ici. Je deviens
couleur, je deviens texture... vois cette peinture, épaisse, fluide, satinée.... comme j'aimerai parfois être le pinceau, qui s'immerge avec délectation. Comme j'aimerai parfois être la spatule qui
caresse avec force et tendresse. Comme j'aimerai être la couleur, malaxée, mélangée... La musique dans cet acte créatif prend son importance également. J'en choisi l'ambiance avec soin.... que
j'aie besoin de force, ou de douceur, de nuance ou de tendresse, de désespoir ou de colère; parfois sur une même toile, je peux zapper sur plusieurs styles : de l'ambiant lounge pour l'inspiration
abstraite et l’exploration des continents lointains, rock pour exprimer l’énergie, reggae lorsque j’ai besoin de gaieté, ou parfois un artiste, des paroles.. Pour me guider.
La musique justement, parlons en. Il y a des moments d’inspiration, trois mots jetés sur un carnet… puis un couplet, deux, six, trois refrains, et un air qui trotte dans la tête. Des accords
plaqués sur la guitare, mineurs très souvent, majeurs par moment. Une chanson qui prend forme, dans le silence, dans l’isolement. Et puis la découverte, la mise à nu, les premières répéts, les
guitares qu’on sature, les amplis qu’on dérègle… et la voix. Une, mélodieuse, ondulante, qui se casse et se ramasse au gré du sens. Des émotions contenues et de l’énergie qui transite. La scène, le
public, les lumières… mais surtout, les autres musiciens. Chacun reliés à la même vibration. La basse, en tempo à la batterie, que répond la guitare, que reprend le piano. Et la voix, Une. Tous
unis. Pulsation intemporelle. Acte sexuel. Des regards, complices, des sourires, des gestes. Des émotions qui se caressent… bien au-delà des mots. C’est une mise à nu. Exposition pour la curée.
C’est un acte désespéré d’une âme qui veut juste exister. Exister pour elle, exister pour les autres. Avec l’espoir peut être de toucher d’autres âmes, de retrouver l’essence d’un Eden perdu. Il y
a dans cette course effrénée à la créativité, une forme de recherche du moment parfait. Celui où, lorsque, au moment de l’orgasme, on se confond avec l’univers. On touche du doigt l’éternel. IL y a
dans la création, une petite mort. Qui laisse pantelant. Epuisé, amoindri, et pourtant tellement puissant. Une mort certaine qui redonne vie."...
Par Jay K
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Publié dans : Jay K...
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