De l'acte créatif et de l'intimité de l'artiste avec son oeuvre

Publié le par Jay K

Extrait

..."C'est pour moi, bien plus que de l'intimité. Je ressens lorsque je peins, un mélange de sentiments. A la fois, un équilibre et une sérénité, qui me donne l'impression d'être à ma place, et d'être "juste" avec moi même. Une forme de bienveillance salvatrice.

Mais également une forme d'exaltation. Parfois le reste du monde cesse d'exister, et mon corps se rapproche dangereusement de la toile. Comme pour une étreinte amoureuse désespérée.

Il y a une forme d'excitation presque sexuelle. Une exaltation des sens, rigoureuse et exigeante. Chaque toile ressemble à un accouchement... un mélange de réflexion et d'instinct sensuel.

Lorsque je peins, je sens mon énergie féminine se développer. Une connexion rare avec la terre, le ciel... toutes énergies reliées à mon ventre. Mon plexus. Mon vagin. Mes mains sont alors l'outil de mes tripes. C'est lorsque je perds cette notion orgasmique que le plaisir disparait, transformant l'acte créatif en labeur poussif... ce qui arrive toujours à un moment donné. Comme un océan, les vagues viennent et repartent... En moi, monte une énergie qui déborde et qui fini par me porter le cœur haut... là... dans la gorge. Qui m'épuise sans qu'elle ne soit jamais assouvie... ou rarement. Lorsque je troque mon pinceau contre un couteau, et qu'alors j'attaque les volumes, que je gratte avec parfois l'énergie du désespoir, que je sens le couteau se plier, que j'entends la toiler crisser... alors je me sens bien. Je fais corps avec la peinture. Et je sens mon flux sanguin palpiter, mon corps onduler comme pour une ultime étreinte. Je cesse d'exister ici. Je deviens couleur, je deviens texture... vois cette peinture, épaisse, fluide, satinée.... comme j'aimerai parfois être le pinceau, qui s'immerge avec délectation. Comme j'aimerai parfois être la spatule qui caresse avec force et tendresse. Comme j'aimerai être la couleur, malaxée, mélangée... La musique dans cet acte créatif prend son importance également. J'en choisi l'ambiance avec soin.... que j'aie besoin de force, ou de douceur, de nuance ou de tendresse, de désespoir ou de colère; parfois sur une même toile, je peux zapper sur plusieurs styles : de l'ambiant lounge pour l'inspiration abstraite et l’exploration des continents lointains, rock pour exprimer l’énergie, reggae lorsque j’ai besoin de gaieté, ou parfois un artiste, des paroles.. Pour me guider.

La musique justement, parlons en. Il y a des moments d’inspiration, trois mots jetés sur un carnet… puis un couplet, deux, six, trois refrains, et un air qui trotte dans la tête. Des accords plaqués sur la guitare, mineurs très souvent, majeurs par moment. Une chanson qui prend forme, dans le silence, dans l’isolement. Et puis la découverte, la mise à nu, les premières répéts, les guitares qu’on sature, les amplis qu’on dérègle… et la voix. Une, mélodieuse, ondulante, qui se casse et se ramasse au gré du sens. Des émotions contenues et de l’énergie qui transite. La scène, le public, les lumières… mais surtout, les autres musiciens. Chacun reliés à la même vibration. La basse, en tempo à la batterie, que répond la guitare, que reprend le piano. Et la voix, Une. Tous unis. Pulsation intemporelle. Acte sexuel. Des regards, complices, des sourires, des gestes. Des émotions qui se caressent… bien au-delà des mots. C’est une mise à nu. Exposition pour la curée. C’est un acte désespéré d’une âme qui veut juste exister. Exister pour elle, exister pour les autres. Avec l’espoir peut être de toucher d’autres âmes, de retrouver l’essence d’un Eden perdu. Il y a dans cette course effrénée à la créativité, une forme de recherche du moment parfait. Celui où, lorsque, au moment de l’orgasme, on se confond avec l’univers. On touche du doigt l’éternel. IL y a dans la création, une petite mort. Qui laisse pantelant. Epuisé, amoindri, et pourtant tellement puissant. Une mort certaine qui redonne vie."...

Publié dans Jay K...

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JULIE 12/10/2010 22:47



salut je suis peintre et c'est exactement ça!!!! Ton texte est genial je suis une femme mes expos s'appellent entre terre et ciel je ressens exactement les memes sensations, malheureusement cette
communion je ne l ai ressentie qu'avec la peinture c'est une histoire  damour


je n 'ai pas pu voir ton travail, on a de la chance de connaitre ça!!!! plein de lumieres pour toi  julie



Olivier 25/04/2009 18:22

Pour exister, la 2ème partie de mon texte précédent à besoin de la rencontre du curseur pour le surligner... Comme les objets de la lumière...la plante de l'eau, la lumière et la terre...l'enfant de sa mère...

Olivier 25/04/2009 18:11

La reconnaissance correspond à la reconnaissance d'exister et d'être utile. Il y a derrière ce besoin la notion sous-jacente qu'un être inutile doit être éliminé par le groupe. Pour te rassurer, pour éviter l'éviction, tu dois chercher l'adhésion des autres à ton comportement. Ce besoin semble aussi inhérent à l'homme. La fameuse pyramide de Maslow classe les besoins d'un individu en couches successives. La base de la pyramide contient les besoins élémentaires de l'homme : nourriture, abris, etc. Si l'homme arrive à combler ces besoins, il ressent alors les besoins supérieurs dans la pyramide : besoin de reconnaissance, d'amour et de recherche de sens à sa vie. N'ayant pas de problèmes pour te nourrir ou vivre au chaud, tes inquiétudes se situent plutôt dans ces niveaux supérieurs de nécessités.
Il n’est pas invraisemblable que nos gênes contiennent un programme pour nous inciter à dépendre du regard des autres. Du coup, nous avons besoin de ce regard pour exister et pour guider nos projets qui s'ajusteront "naturellement" à ceux des autres.Sans public il nous est impossible même de vivre à fortiori de peindre. Nous n'existons qu'à travers le regard de l'autre. Tu existes à travers mon regard et moi à travers le tient en répondant à mes questions.Pourquoi ces questions? Pour exister...

olivier 23/04/2009 16:57

Pourquoi alors, ce besoin de montrer ce que tu fais?

Jay K 23/04/2009 17:10


bonne question, pour tout dire, je l'attendais.
Il ne s'agit pas d'un besoin, mais d'un désir. J'ai toujours peint, sans jamais oser montrer quoique ce soit. Et d'ailleurs je ne montre pas tout. Finalement, j'ai aimé cette aventure, même si je
ne me fais aucune illusion sur mon talent, et sur les commentaires reçus. Ceux qui aiment s'y attardent, les autres passent leur chemin.... quant à moi, je continue à peindre, sur des
impulsions.
Mettre sa part d'ombre au grand jour, ça peut aussi faire partie de l'aventure ;)

Cependant, je me suis aussi posé cette question : pourquoi avoir envie de montrer ces toiles? est ce un besoin d'exister? Certainement oui. Il ne faut pas se voiler la face.
On se met en scène, on prend un costume, on fabrique sa carte de visite...  et puis aussi, ça donne un support pour rencontrer d'autres personnes.

Alors oui, si j'étais seule, je continuerai de peindre. Mais je ne le suis pas. Alors, non seulement je peins, mais en plus, je communique. Elle est là la différence.
Les thèmes seraient ils différents si il n'y avait pas de public?

Je n'en suis pas convaincue. Car dans le face à face avec la toile, il n'y a pas de faux semblant. Il n'y a pas de theatre. IL n'y a que la vérité.
Si je me ments  en tenant mon pinceau, .... il n'y a aucune raison de continuer à peindre.

Car la peinture c'est la quête de la vérité. De sa propre vérité.

mais à mon tour. Pourquoi ces questions?


Scribee 23/04/2009 16:34

Au temps pour moi, j'ai le mail ;)